Un peu d’histoire

Naissance et développement de l’ESS

Antiquité et Moyen Âge

Les premières formes de l’économie sociale apparaissent dès l’Antiquité et le Moyen Âge, avec les guildes, corporations, confréries et compagnonnages, mais aussi les premières coopératives et caisses de secours mutuel.
Au XIIIème siècle apparaît une forme de coopération avec les fruitières du Jura, qui transforment en fromage de comté le lait livré par les adhérents.
A la fin du XVIIIème siècle, des ouvriers organisent des sociétés de secours mutuel, premières formes de protection sociale en cas de maladie ou d’accident.

XIXème siècle et la Révolution industrielle

L’économie sociale se développe réellement à partir du XIXème siècle. La Révolution industrielle met dans une situation de grande pauvreté de nombreuses personnes, notamment la classe ouvrière qui se mobilise et se regroupe afin de subvenir à ses besoins.
Différents courants de pensée ont influencé l’économie sociale à cette époque : l’humanisme, le socialisme utopique, le solidarisme, le christianisme social, portés par de grands noms tels que Charles Fourier, Charles Gide ou encore Jean Jaurès.
En 1830 apparaît pour la première fois le terme d’économie sociale dans un ouvrage de Charles Dunoyer, intitulé Nouveau traité d’économie sociale.
C’est dans ces années-là qu’apparaissent les premières coopératives de production et de consommateurs en France, ainsi que la première charte de la mutualité (1898).

La création d’une coopérative en Angleterre en 1844 va constituer l’exemple phare de l’essor de l’économie sociale au XIXème siècle. Des ouvriers tisserands de Manchester fondent la “société des équitables pionniers de Rochdale”, coopérative de denrées alimentaires. Son succès rapide leur permet de créer par la suite une banque et une mutuelle de prévoyance, mais aussi des écoles et des bibliothèques. Cette expérience amène les ouvriers à fonder ce qui deviendra les quatre principes de base de la coopération : égalité (démocratie, avec le principe “un homme = une voix”), liberté (d’entrée et de sortie), justice (répartition des bénéfices au prorata des activités de chaque membre) et équité (rémunération limitée du capital).

Le XIXème siècle voit aussi la création de la première coopérative de crédit mutuel en Rhénanie, en 1864. En France, se créent dans la seconde moitié du XIXème siècle des caisses de crédit mutuel ainsi que le Crédit agricole (1894).

Essor de l’économie sociale et solidaire au XXème

Le début du XXème siècle voit tout d’abord la présence d’un pavillon dédié à l’économie sociale à l’occasion de l’exposition universelle de 1900 à Paris, puis le développement des associations avec la liberté d’association proclamée en France en 1901, puis en 1908 en Alsace-Moselle (annexées par l’Allemagne).

En 1912, l’Union coopérative, menée par Charles Gide, et la Bourse des coopératives de France se réunissent en Fédération nationale des coopératives de consommateurs (FNCC).
L’entre-deux-guerres voit la création du Crédit mutuel, de la Banque populaire et de la Caisse centrale de crédit coopératif.
Après la Seconde guerre mondiale, avec la montée de la société de consommation et des grandes surfaces, les coopératives de consommateurs se mettent à décliner. Une nouvelle forme de coopératives se développe, les SCOP, sociétés coopératives de production.
Dans les années 1970, les acteurs de l’économie sociale se rapprochent et créent le CNLACMA, Comité national de liaison des activités coopératives, mutualistes et associatives.

Le CNLACMA élabore la charte de l’économie sociale en 1980.
En 1981, est créée la DIES, Délégation interministérielle à l’économie sociale, dont le décret d’attribution définit institutionnellement pour la première fois l’économie sociale, comme étant “l’ensemble des coopératives, mutuelles et associations”.
Les années 1980 voient aussi apparaître l’économie solidaire, dans laquelle on regroupe les SIAE (structures d’insertion par l’activité économique), le commerce équitable, la finance solidaire et les fondations. Ces structures sont des formes de réponses collectives aux nouvelles questions sociales.
Dans les années 2000, le réseau de l’économie sociale et solidaire (ESS) s’intensifie.
Un secrétariat d’état à l’économie solidaire est créé sous le gouvernement Jospin, pour faire rapidement place à la Diieses, Délégation interministérielle à l’innovation sociale, l’expérimentation sociale et l’économie sociale.
En 2001, le CNLACMA se transforme en CEGES, Conseil des entreprises, employeurs et groupements de l’économie sociale.
En 2002, les GRCMA, Groupements régionaux des coopératives, mutuelles et associations, se transforment dans la plupart des régions en CRES, Chambres régionales de l’économie sociale. Ces dernières se regroupent au national en 2004 au sein du CNCRES, Conseil national des CRES.

Sources

Virginie Robert, L’irrésistible montée de l’économie sociale, un projet, une culture, des valeurs, éditions Autrement, collection Monde d’aujourd’hui, Paris, 2007.
Danièle Demoustier, L’économie sociale et solidaire, s’associer pour entreprendre autrement, éditions La découverte et Syros, Alternatives économiques, Paris, 2001.
L’économie sociale de A à Z, Alternatives économiques, hors-série pratique n°22, Paris, janvier 2006.
L’économie sociale et solidaire en Alsace, publication de la CRES Alsace, 2008.

Quelques dates clés

1830 : le terme d’économie sociale apparaît pour la première fois dans le Nouveau traité d’économie sociale de Charles Dunoyer.

1844 : création de la “société des équitables pionniers de Rochdale” puis des quatre principes de base de la coopération.

1864 : création de la première coopérative de crédit mutuel en Rhénanie.

1898 : première charte de la mutualité.

1900 : exposition universelle, l’économie sociale se montre au grand public au sein du pavillon qui regroupe les coopératives, les mutuelles, le mouvement associatif et aussi des patrons sociaux et des mouvements syndicaux ouvriers.

1901 : liberté d’association.

1912 : création de la première Fédération nationale des coopératives de consommateurs (FNCC).

1937 : création de la CG SCOP, Confédération générale des sociétés coopératives de production.

1970 : création du CNLAMCA, Comité de Liaison des activités mutualistes et coopératives et associatives.

1980 : le CNLAMCA élabore la charte de l’économie sociale définissant les principes et les valeurs de cette “troisième voie”.

1981 : création de la DIES, délégation interministérielle à l’économie sociale (décret du 15 octobre 1981) et première définition officielle de l’économie sociale comme “ensemble des coopératives, mutuelles et associations”.

2000 : création du secrétariat d’Etat à l’économie solidaire.

2001 : définition de la Charte européenne de l’économie sociale.

2001 : le CNLAMCA devient le Ceges, Conseil des entreprises, employeurs et groupements de l’économie sociale.

2002 : les GRCMA, Groupement régional des coopératives, mutuelles, associations deviennent les CRES(S), Chambres régionales de l’économie sociale (et solidaire). Dans certaines régions, comme l’Alsace, le GRCM continue d’exister en parallèle de la CRES.

2004 : création du CNCRES, Conseil national des chambres régionales de l’économie Sociale, association qui regroupe les 24 CRES(S) de France.

2006 : création du Conseil supérieur de l’économie sociale, instance consultative instituée par décret, chargée d’assurer la concertation entre les pouvoirs publics et les différents secteurs de l’économie sociale.